« Ficelles » – Didier Pourquié


9782914240703La vibration d’une lumière timide, des coups faibles sur un plancher de bois, les mouvements énergiques d’une poupée joyeuse, l’extase d’un public qui applaudit frénétiquement… C’est un spectacle, le spectacle de la vie. La poupée ne se meut pas seule, des ficelles fines contrôlent ses bras, ses pieds, son corps, mais pas l’esprit. Quand le spectacle est fini, et elle n’est plus contrôlé, elle pense, elle sent, elle a un désir : elle veut avoir un visage, elle veut rompre les ficelles qui la tiennent prisonnière et décider elle-même quoi faire

C’est une telle image qui reflète l’âme du héros du roman de debout du Didier Pourquié, intitulé, pas à l’hasarde, « Ficelles ». Le cœur malade et l’esprit troublé par une tragédie du passé, il vit dans un présent qu’il ne peut pas contrôler, qui semble lui échapper comme le sable. En quittant l’asile où il a passé quelques ans, il laisse derrière son unique ami et est forcé d’affronter le monde réel où il ne peut pas trouver sa place. Inconsciemment ou non, ses pas lui portent vers la source de son drame, mais ils lui offrent aussi la chance de trouver le chemin vers l’accomplissement du dernier désir de son ami : trouver un visage pour la marionnette sans figure reçue  la veille de son départ.

La cherche de l’identité n’est pas facile, essentiellement parce que le héros doit se confronter avec le monde extérieur, qu’il ne peut pas comprendre et par lequel il n’est pas compris, mais aussi avec soi-même, car il a fréquemment des pertes de mémoire. Un autre vit dans son corps et quand cet autre se réveille, il devient comme la marionnette qu’il porte toujours avec lui : sans visage et sans volonté. Qui manœuvre les ficelles de son inconscience ? Une force supérieure, son passé qui ne le laisse pas vivre tranquille, son désir latent d’être quelqu’un d’autre ? La réponse n’est pas facile à trouver, peut-être qu’il ne la trouvera pas, mais ce qu’il doit vraiment découvrir c’est la force de voir son propre visage.

D’une pluie tiède des mots faibles, qui grésillent sur l’âme du lecteur, en le faisant trembler d’émotion, Pourquié étend cette histoire qui creuse jusqu’aux racines des sentiments humains, en les touchant doucement. Ça rend le lecteur inquiète et vulnérable et le prochain mot est capable de le faire céder sous la pression des sensations. On pleure, on rit, on haït, on aime ou on est simplement étonné par la délicatesse avec laquelle des vérités dures sont présentées.

C’est une œuvre qui nous offre une autre perspective sur la vie, une peinture expressionniste des sentiments et sensations humains, un mélange des couleurs fortes pour dessiner des émotions délicates. Notre héros sans nom peut être n’importe qui. D’une manière ou d’autre, on se voit reflété dans le personnage, et il y a des moments où on a l’impression de lire sa propre histoire.

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Vol


Le pont de ficelle et bois se balance dangereusement sous mes pieds. J’ai été presque de tomber trop de fois pour avoir peur encore. Pourtant, une espèce d’inquiétude naît dans mon cœur. J’ai seulement quelques pas à faire jusqu’à la fin. J’atteindrai mon but, la raison pour laquelle j’ai lutté toutes ces années contre les devoirs interminables, contre les expectations quelquefois fous des professeurs, contre les tests difficiles et les longs problèmes de mathématique ou de physique qui, la majorité des cas, n’ont eu aucune conclusion palpable. C’est la douzième, le berceau d’où les rêves commencent à voler, en cherchant la porte du ciel qui les laisse passer pour devenir réalité. Derrière eux, quelques plumes tombent tout doucement, sans faire bruit. Elles sont faibles, mais elles portent dans leur douceur une tristesse accablante.

Je me rappelle un peu amusée le premier jour de lycée. Des grandes larmes dans les yeux, je suis revenue à la maison en criant que je n’aimais pas le CNVA, que je n’allais pas faire face à un tel régime de travail. Je me sentais petite et incapable de traverser ce pont incertain dont je ne pouvais pas voir la fin. Ce que je n’avais pas compris ce moment-là était le fait que je n’étais pas seule. Mes camarades, aussi craintifs que moi, étaient là. C’est probablement pourquoi le jour prochain je me suis réveillée sans protester, j’ai mis la cravate au cou et je suis partie pour affronter de nouveau ce cauchemar du réveil.

Et ils ont été toujours là, à travers ces dernières longues trois années. Je les ai attrapé quand ils étaient au point de tomber du pont et ils m’ont sauvée aussi, plusieurs fois, plus qu’ils pensent ou peuvent imaginer. Il est suffisant de voir leur sourire ou entendre leurs blagues dans la récréation pour qu’on se sente mieux. L’idée d’être un d’eux, ces gouttes de vie tempéramentales, qu’on ne peut qu’aimer, c’est tout dont on a besoin pour sourire aussi.

C’est vrai, le lycée nous forme le caractère parce que cette période coïncide avec notre métamorphose d’enfants en adultes. Il nous rend plus forts, plus capables et plus matures, mais je crois que ça n’est seulement le résultat de l’enseignement rationnel, des informations rigides qu’on apprend des livres et que les professeurs écrivent avec patience et précision sur le tableau noir. S’il s’agissait seulement de ça, nous ne serions que des robots, des marionnettes. L’interaction humaine est l’ingrédient magique qui transforme toutes ces preuves en vraies leçons de vie et les inscrit dans nos cœurs.

Il y a un collègue qui parle tout le temps, un qui est plus timide, un qui est un bon organisateur, un qui sait être diplomate, un qui dit exactement ce qu’il pense. En partageant la même salle de classe sept heures par jour, chacun influence inévitablement les autres, en leur prêtant un peu de son trait caractéristique dominant. À mon tour j’ai reçu ces valeureux présents du chacun de mes collègues et je les ai transformés dans des molles plumes blanches, avec lesquelles j’ai construit mes ailles.

C’est pourquoi je sens cette tristesse qui s’agrandit dans mon cœur. Quand le secondaire comptera le dernier moment, quand ce pont sera parcouru et nous toucherons l’autre extrémité, ces ailles nées de notre courte union seront ceux qui nous séparerons. Le fourmillement du matin, la voix du professeur à la cathèdre, les discussions dans les récréations, le tintamarre de la sonnerie qui nous rend libres, tout deviendra un faible souvenir dans les pages jaunes du passé. Mais nous porterons toujours ces mémoires inscrites dans nos âmes et nous n’aurons plus peur de voler vers nos rêves.