Vol


Le pont de ficelle et bois se balance dangereusement sous mes pieds. J’ai été presque de tomber trop de fois pour avoir peur encore. Pourtant, une espèce d’inquiétude naît dans mon cœur. J’ai seulement quelques pas à faire jusqu’à la fin. J’atteindrai mon but, la raison pour laquelle j’ai lutté toutes ces années contre les devoirs interminables, contre les expectations quelquefois fous des professeurs, contre les tests difficiles et les longs problèmes de mathématique ou de physique qui, la majorité des cas, n’ont eu aucune conclusion palpable. C’est la douzième, le berceau d’où les rêves commencent à voler, en cherchant la porte du ciel qui les laisse passer pour devenir réalité. Derrière eux, quelques plumes tombent tout doucement, sans faire bruit. Elles sont faibles, mais elles portent dans leur douceur une tristesse accablante.

Je me rappelle un peu amusée le premier jour de lycée. Des grandes larmes dans les yeux, je suis revenue à la maison en criant que je n’aimais pas le CNVA, que je n’allais pas faire face à un tel régime de travail. Je me sentais petite et incapable de traverser ce pont incertain dont je ne pouvais pas voir la fin. Ce que je n’avais pas compris ce moment-là était le fait que je n’étais pas seule. Mes camarades, aussi craintifs que moi, étaient là. C’est probablement pourquoi le jour prochain je me suis réveillée sans protester, j’ai mis la cravate au cou et je suis partie pour affronter de nouveau ce cauchemar du réveil.

Et ils ont été toujours là, à travers ces dernières longues trois années. Je les ai attrapé quand ils étaient au point de tomber du pont et ils m’ont sauvée aussi, plusieurs fois, plus qu’ils pensent ou peuvent imaginer. Il est suffisant de voir leur sourire ou entendre leurs blagues dans la récréation pour qu’on se sente mieux. L’idée d’être un d’eux, ces gouttes de vie tempéramentales, qu’on ne peut qu’aimer, c’est tout dont on a besoin pour sourire aussi.

C’est vrai, le lycée nous forme le caractère parce que cette période coïncide avec notre métamorphose d’enfants en adultes. Il nous rend plus forts, plus capables et plus matures, mais je crois que ça n’est seulement le résultat de l’enseignement rationnel, des informations rigides qu’on apprend des livres et que les professeurs écrivent avec patience et précision sur le tableau noir. S’il s’agissait seulement de ça, nous ne serions que des robots, des marionnettes. L’interaction humaine est l’ingrédient magique qui transforme toutes ces preuves en vraies leçons de vie et les inscrit dans nos cœurs.

Il y a un collègue qui parle tout le temps, un qui est plus timide, un qui est un bon organisateur, un qui sait être diplomate, un qui dit exactement ce qu’il pense. En partageant la même salle de classe sept heures par jour, chacun influence inévitablement les autres, en leur prêtant un peu de son trait caractéristique dominant. À mon tour j’ai reçu ces valeureux présents du chacun de mes collègues et je les ai transformés dans des molles plumes blanches, avec lesquelles j’ai construit mes ailles.

C’est pourquoi je sens cette tristesse qui s’agrandit dans mon cœur. Quand le secondaire comptera le dernier moment, quand ce pont sera parcouru et nous toucherons l’autre extrémité, ces ailles nées de notre courte union seront ceux qui nous séparerons. Le fourmillement du matin, la voix du professeur à la cathèdre, les discussions dans les récréations, le tintamarre de la sonnerie qui nous rend libres, tout deviendra un faible souvenir dans les pages jaunes du passé. Mais nous porterons toujours ces mémoires inscrites dans nos âmes et nous n’aurons plus peur de voler vers nos rêves.

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